La famille élargie et son rôle



LA FAMILLE AU BURKINA FASO


Comme dans beaucoup de pays d’Afrique, au Burkina Faso la cellule sociale de base est la famille que nous qualifierons «d'élargie» pour la différencier de la famille de type européen (papa, maman, les enfants).


Elle comprend tous les individus qui ont des liens familiaux :

frères/sœurs/demi-frères/demi-sœurs /cousins/cousines/nièces/neveux/épouses/coépouses, qui habitent la même «concession» ou la même «cour» (groupe de cases) et qui obéissent à un même ancêtre : le chef de famille.


Plus élargie encore, on trouve la «Grande Famille» (parents du même lignage), que l’on pourrait appeler «clan», pour nous autres européens.


Quelquefois mais pas nécessairement, la notion de Grande Famille se confond avec celle de « village ». Le village est le rassemblement des familles, habitant le même endroit. Un chef de village est un personnage important, le plus souvent âgé (selon les critères du continent où l'espérance de vie est faible) : dès 40 ans, on est vieux.


D’autre part, la majorité des ethnies du Burkina Faso sont patrilinéaires. Cela veut dire que l'on appartient à la famille de son père Pour que deux personnes appartiennent au même groupe de parenté, il faut qu’il y ait entre eux un lien de descendance par les hommes. Puisque seuls les hommes transmettent la parenté, les enfants d’une femme ne font pas parti de sa parenté mais de celle de son mari.


Un peu compliqué à suivre au début pour nous ! Les oncles et tantes du coté paternel sont donc appelés « petits papa » et « petites maman », les cousins et cousines « frères » et sœurs ». Du coup, notre cerveau de blanc s’y perd vite !


Pour quoi cette notion de famille élargie ?


Tout simplement pour assurer à l’individu une sécurité maximum, la vie dans ces pays étant soumise à une grande précarité et aux aléas quasis quotidiens. Elle permet la solidarité dans le groupe, chacun pouvant compter sur les liens d’appartenance pour y puiser les moyens de sa survie en cas d’extrême difficulté.


Les familles en situation précaire ne recherchent donc pas, comme nous, un niveau de vie mais une probabilité de survie en se regroupant.


Pour elles, la régularité d’un apport, même modeste, est préférable à l’incertitude d’un gain plus important. La multiplicité des actes individuels augmente les capacités de survie collective.


Huit ou dix enfants ou jeunes en quête des petits travaux (gardiens de troupeaux, cireurs de chaussures, porteurs d’eau, …) subviennent ensemble aux besoins minima de la famille, avec plus de chance qu’un seul.


Dans la culture de ces groupes « pauvres », les enfants sont considérés comme une richesse. Et dans le cadre familial, la richesse que représentent les enfants, c’est la sécurité.


Cette solidarité étant obligatoire, elle oblige à la redistribution en permanence et prive ainsi celui qui a fait des études ou qui a pris des risques, des bénéfices qu’il pourrait en retirer. Ce devoir social permet à chacun de profiter des acquis des autres Ce sont des sociétés dont les liens ne sont pas occasionnels, mais stables.


Non valorisé, l'individu doit subordonner son intérêt personnel à celui du groupe.


La famille élargie se confond avec le lignage, tous les descendants d’une souche restent liés et essaient aussi d’assurer la permanence du clan. Passés un ou deux siècles, les descendants deviennent souvent trop nombreux pour que l’habitat demeure groupé. Des villages nouveaux se fondent qui conserveront des liens, au moins théoriques, avec le village d’origine.


Refuge permanent et éternel, la famille est toujours présente. Ainsi, loin de chez eux, les migrants se regrouperont autour d’un aîné qui jouera le rôle d’arbitre ou d’organisateur qui appartiendrait normalement au père. Ils recréeront en somme une famille librement choisie où qu’ils se trouvent.


Par delà la mort, le groupe familial se retrouve toujours vivant, un nouveau « père » remplacera toujours le patriarche défunt.


La revendication de liberté, le droit pour les garçons ou les filles de construire leurs vies et de choisir librement un époux ou une épouse, le droit au bonheur personnel, toutes ces idées s'articulent mal avec la notion de sécurité et avec la puissance de la famille élargie patriarcale. Elles se diffusent petit à petit à partir des villes, à travers les milieux scolarisés, mais se heurte au poids des traditions et à la précarité toujours présente dans le quotidien de la plupart des familles.

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